1. Commencer par le périmètre réel de l’échange
Avant de recueillir des données, le professionnel gagne à expliciter l’objet du rendez-vous, le statut sous lequel il intervient, les services envisagés et ce qui n’entre pas dans son périmètre. Cette étape évite de faire passer une conversation générale pour une recommandation individualisée ou, à l’inverse, d’enregistrer des données sans finalité clairement comprise.
Pour les conseillers en investissements financiers, l’article L. 541-8-1 du code monétaire et financier impose notamment d’agir de manière honnête, loyale et professionnelle au mieux des intérêts des clients. Avant de formuler le conseil visé par le texte, il prévoit le recueil des informations nécessaires sur les connaissances et l’expérience, la situation financière — y compris la capacité à subir des pertes — ainsi que les objectifs d’investissement, notamment la tolérance au risque.
2. Séparer la photographie patrimoniale des justificatifs
La fiche de découverte peut inventorier la composition du foyer, les revenus et charges, les actifs, les dettes, les contrats, la protection sociale, les engagements et les échéances. Pour chaque point significatif, il est plus robuste d’indiquer si l’information est déclarée, si une pièce a été remise, sa date et l’éventuelle question qu’elle laisse ouverte. Un relevé ne remplace pas un acte ; une estimation n’établit pas à elle seule une valeur ou une propriété.
La liste des pièces dépend du périmètre : avis d’imposition, relevés de comptes et de contrats, tableaux d’amortissement, actes de propriété, statuts ou pactes, contrat de mariage, bénéficiaires désignés et documents de prévoyance ne répondent pas au même besoin. Lorsque l’opération relève d’un produit d’investissement ou d’assurance, les documents d’information du produit complètent, sans se substituer à, la connaissance de la situation du client.
3. Traduire un projet en objectifs, horizon et contraintes
Une intention telle que « sécuriser », « transmettre » ou « dégager un revenu » mérite d’être précisée : quel événement est visé, quel horizon est envisagé, quelle disponibilité est nécessaire, quelle baisse pourrait être supportée et quelles personnes sont concernées ? La position AMF sur la connaissance du client décrit le recueil de la connaissance et de l’expérience en investissement, de la situation financière et des objectifs d’investissement. Cette grille permet de distinguer une aspiration formulée pendant l’entretien d’un objectif suffisamment renseigné pour apprécier l’adéquation d’un service ou d’un produit.
Si un placement relevant du règlement PRIIPs est envisagé, le document d’informations clés (DIC) est un élément de lecture du produit : l’AMF indique qu’il présente notamment la nature et les caractéristiques principales, les risques et les frais. Il doit être remis suffisamment tôt avant la souscription. Sa lecture ne dispense pas d’examiner les besoins, la situation et les objectifs propres au client.
4. Adapter le recueil lorsque l’assurance entre dans le dossier
En assurance, la recommandation ACPR 2024-R-03 porte sur le recueil des informations relatives au client pour le devoir de conseil et la fourniture d’un service de recommandation personnalisée. Elle constitue une doctrine de supervision : elle ne remplace pas les textes applicables, mais elle rend visibles les attentes de l’Autorité quant à l’organisation du recueil, à la cohérence des données et à leur exploitation dans le parcours de distribution.
Dans un rendez-vous couvrant assurance-vie, prévoyance, santé ou emprunteur, les besoins et exigences doivent donc être distingués de la seule détention d’un contrat. La qualité de l’assuré, la durée, les garanties, les exclusions, les bénéficiaires, le financement et les changements de situation peuvent devenir déterminants selon le produit. Une absence d’information significative est un point à consigner, pas une donnée à supposer.
Impact métier : produire une trace lisible avant l’orientation
Une restitution courte peut séparer les faits recueillis, les objectifs exprimés, les documents attendus et les sujets à traiter par un notaire, un avocat, un expert-comptable ou un assureur. Cette discipline facilite la continuité entre les intervenants et évite d’anticiper une conclusion sur une donnée incomplète. Elle rend aussi le rendez-vous plus utile pour le client : il sait ce qui a été compris, ce qui doit être confirmé et ce qui ne peut pas encore être tranché.
